La faïence de Moustiers se distingue d’abord par la qualité de son émail, blanc, brillant, d’une régularité qui sert de fond aux décors peints. Sur le marché de la collection, ce n’est pas le nom « Moustiers » qui fixe la cote, mais le type de décor, son époque d’exécution et la manufacture d’origine. Comprendre ces décors, c’est lire trois siècles de production céramique provençale.
Patine et homogénéité d’usure : ce qui sépare une assiette Moustiers de valeur d’une pièce ordinaire
Avant même d’identifier un décor, nous recommandons d’examiner la patine. Une patine cohérente conditionne la valeur autant que la rareté du motif. Concrètement, une usure régulière sur l’ensemble de la pièce (micro-rayures fines, léger atténuement du bleu ou de la polychromie) indique une utilisation réelle et prolongée, compatible avec une datation ancienne.
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Une assiette dont le décor est intact sur le marli mais totalement effacé au centre suggère un usage intensif en table, ce qui réduit l’intérêt pour un collectionneur d’apparat. À l’inverse, un émail parfaitement lisse, sans aucune trace, sur une pièce présentée comme XVIIIe siècle doit interroger : restauration lourde, surcuisson postérieure ou copie tardive.
Le croisement entre qualité du décor, état de conservation et homogénéité de l’usure reste le critère central de valorisation. Nous observons que les collectionneurs aguerris tolèrent un éclat de cuisson d’origine bien plus facilement qu’une restauration masquée au vernis.
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Décor Berain sur assiette Moustiers : anatomie d’un motif recherché

Le décor à la Berain constitue le motif le plus identifiable de la production moutiéraine. Inspiré des gravures de Jean Berain, ornemaniste de Louis XIV, il se caractérise par des compositions symétriques mêlant baldaquins, personnages sur piédestaux, lambrequins et rinceaux légers, le tout en camaïeu bleu sur fond d’émail blanc.
Sur les assiettes, le décor Berain se déploie généralement autour d’un médaillon central, avec des motifs rayonnants sur le marli. La finesse du trait distingue les pièces de premier choix des productions plus courantes. Un Berain bien exécuté montre un pinceau sûr, sans repentir visible, avec une dilution homogène du bleu de cobalt.
Ce décor a été abondamment copié, y compris par d’autres centres faïenciers français et par des ateliers du XXe siècle. Pour l’authentification, la qualité de l’émail (sa brillance, son épaisseur) et la palette restent plus fiables que le motif seul.
Camaïeu bleu historié et scènes de chasse Tempesta : les décors d’apparat
Les décors historiés en camaïeu bleu représentent le sommet de la production Clérissy, la première grande manufacture de Moustiers. Ces scènes de chasse, tirées des gravures d’Antonio Tempesta, ornent principalement de grands plats ronds ou ovales plutôt que des assiettes de table courantes.
L’attribution repose sur deux plats signés de Gaspard Viry, peintre chez Clérissy, conservés au musée Pastré à Marseille et au musée de Sèvres. Ces décors datent de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle. Trouver une assiette de format standard avec un vrai décor Tempesta d’époque reste rare sur le marché.
La densité de la composition, le rendu des animaux en mouvement et la maîtrise des dégradés de bleu permettent de distinguer une pièce d’époque d’une réinterprétation postérieure, souvent plus figée dans le trait.
Polychromie et décors floraux : solanées, grotesques, chinoiseries

La production de Moustiers ne se limite pas au bleu. Les décors polychromes apparaissent dans la première moitié du XVIIIe siècle et ouvrent un registre plus large :
- Décor aux fleurs de solanée : motifs floraux stylisés à dominante jaune et verte, souvent associés à des insectes. Fréquent sur les assiettes de service, il offre un point d’entrée accessible pour les collectionneurs
- Décor grotesque : figures fantastiques, masques, chimères, dans un style décoratif hérité de la Renaissance italienne. La polychromie y est plus contrastée, avec des verts, des ocres et parfois du manganèse
- Décor aux chinois : scènes de personnages dans un décor paysager d’inspiration asiatique, typiques du goût pour les « chinoiseries » au XVIIIe siècle. Les assiettes à ce décor circulent régulièrement sur le marché secondaire
Les décors armoriés, portant les armes de familles nobles ou de commanditaires ecclésiastiques, forment une catégorie à part. Leur valeur dépend autant de l’identification du blason que de la qualité d’exécution.
Acheter une assiette Moustiers : marché actuel et pièges fréquents
Le marché des faïences de Moustiers s’est largement déplacé en ligne. Les plateformes spécialisées, eBay et des sites solidaires comme Label Emmaüs proposent régulièrement des pièces à décor moutiérain. Cette accessibilité a un revers : la majorité des assiettes « style Moustiers » en circulation sont des productions tardives ou des copies.
Nous observons que les pièces plus récentes, parfois issues d’autres centres de production, séduisent les collectionneurs qui cherchent un compromis entre esthétique historique et budget raisonnable. C’est un segment légitime du marché, à condition de ne pas les confondre avec des pièces d’époque.
Pour les pièces anciennes, la signature ou la marque en creux sous l’assiette ne suffit pas. Beaucoup de manufactures du XIXe siècle ont repris des marques proches de celles des ateliers historiques. L’expertise croise la pâte (sa couleur, sa granulométrie), l’émail, le décor et la forme.
Conservation des assiettes Moustiers anciennes
Les recommandations actuelles pour la faïence ancienne sont strictes : lavage doux au savon de Marseille ou au savon noir, pas de trempage prolongé, aucun abrasif. Le rangement vertical en râtelier ou avec des intercalaires souples entre chaque pièce limite les frottements qui attaquent l’émail et le décor peint.
Un décor altéré par un nettoyage agressif perd définitivement sa valeur. Les micro-rayures de surface liées à l’usage historique sont acceptées, celles provoquées par un produit ménager moderne ne le sont pas.
Le collectionneur averti traite ses assiettes Moustiers comme des objets de vitrine, pas comme de la vaisselle fonctionnelle, même quand la forme d’origine invitait à s’en servir à table.

